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 Dr. LAHLOU NAJIB ALLERGOLOGUE

Dr. LAHLOU NAJIB ALLERGOLOGUE

Les allergies au Maroc : et si c'était une allergie ? pensez-y....


ALLERGIE A L'OEUF DE POULE CHEZ L'ENFANT

Publié par lahlou najib sur 31 Mars 2008, 18:39pm

L’allergie alimentaire à l’œuf est la plus fréquente des allergies alimentaires de l’enfant âgé de moins de trois ans. La prévalence de l’allergie alimentaire à l’œuf de poule dans la population générale est estimée entre 1,6 et 2,4 %. L’allergie à l’œuf de poule correspond à 35.7% des allergies alimentaires de l’enfant. Œuf de poule, lait de vache et arachide sont les trois principaux aliments impliqués dans les allergies alimentaires de l’enfant. L’allergie alimentaire à l’œuf de poule est connue de longue date. Toutefois, des connaissances scientifiques récentes permettent d’améliorer la prise en charge de l’allergique à l’œuf de poule.


Les allergènes dans le blanc d’œuf

Les allergènes sont principalement contenus dans le blanc d’œuf. L’ovomucoïde (Gal d 1) est récemment reconnu comme thermolabile, expliquant que des individus tolèrent d’œuf cuit et réagissent à l’ingestion d ’œuf cru. Les autres allergènes du blanc d’œuf comportent l’ovalbumine(Gal d 2), l’ovotransferrine (Gal d 3), le lysosyme (Gal d 4), la sérum albumine et d’autres allergènes encore non référencés.

Les allergènes dans le jaune d’œuf

Le principal allergène du jaune d’œuf est l’alpha-livétine. Ce dernier est impliqué le syndrome œuf-oiseau : des individus possédant des oiseaux peuvent développer plusieurs années plus tard une authentique allergie alimentaire à l’ingestion d’œuf de poule. Les autres allergènes du jaune d’œuf semblent peu allergisants

En pratique : malgré des différences d’allergènes entre blanc et jaune d’œuf, l’individu allergique à l’œuf de poule devra éviter la consommation du blanc et du jaune d’œuf car il est impossible de séparer strictement le blanc du jaune d’œuf.

Les allergies associées

Il est facile de comprendre les allergies associées blanc et jaune d’œuf. Les allergies associées œufs de poule et œufs d’autres oiseaux sont moins fréquentes. Les associations les plus fortes sont dirigées contre les œufs de poule, de dinde et de caille appartenant au même ordre des galliformes. En revanche, les associations entre œufs de poule, de canard et d’oie, voire de mouette sont plus rares car ils appartiennent à un ordre différent des ansériformes ou des charandriformes. L’allergie associée œuf de poule et viande de poulet apparaît exceptionnelle et concerne moins de 5% des cas.

Les signes

Les signes cliniques de l’allergie à l’œuf de poule sont identiques à ceux des autres allergies alimentaires. Les signes cutanés sont les plus fréquents (eczéma, urticaire). Néanmoins, les signes peuvent être sévères et correspondre à un choc anaphylactique dans 4 à 5% des observations d’allergie à l’œuf de poule. La fréquence des signes sévères est donc moins importante que pour d’autres allergies alimentaires telles que l’arachide ou le sésame. Les signes respiratoires sont plus fréquents chez le grand enfant. Les signes peuvent se modifier avec l’âge et l’évolution de l’allergie à l’œuf de poule. Il semble que les symptômes restent identiques chez la moitié des individus qui présentent une allergie persistante. Ils s‘aggravent chez un individu sur trois.

Des manifestations après simple contact cutané

Les voies de déclenchement d’une allergie à l’œuf sont l’ingestion de produits contenant de l’œuf, et également le simple contact cutané et/ou d’une muqueuse avec de l’œuf. La réaction cutanée au contact d’un œuf n’a aucune corrélation avec une éventuelle réaction à l’ingestion d’œuf. D’autres formes cliniques d’allergie alimentaire à l’œuf ont été décrites comme l’entérocolite dont le mécanisme n’est pas induit par les IgE.

Diagnostic

Comme pour toutes les allergies alimentaires, le diagnostic est fondé sur l’histoire clinique, la pratique des tests cutanés, du dosage des IgE spécifiques et du test de provocation par voie orale en l’absence d’antécédent de réaction clinique sévère.

Le test de provocation par voie orale représente le test de référence

Il est aussi effectué pour rechercher la guérison de l’allergie à l’œuf de poule. Il est alors souvent appelé test de réintroduction.

Les prick-tests

A l’heure actuelle, les progrès réalisés permettent une approche diagnostique différente sous la forme de probabilité d’être allergique. L’information donnée par les tests cutanés et le dosage des IgE spécifiques pourrait limiter les indications des tests de provocation par voie orale. Ainsi, un diamètre du test cutané œuf (effectué avec un extrait commercial) à 7 mm définirait l’enfant allergique à l’œuf de poule avec une spécificité de 100%. A cette valeur, tous les enfants seraient allergiques à l’œuf. Le diamètre moyen d’induration du prick test blanc d’œuf utilisant l’aliment naturel natif est évalué à 11 mm pour obtenir le même résultat.

Le dosage des IgE spécifiques est standardisé.

Des auteurs ont établi une corrélation entre la concentration des IgE spécifiques blanc d’œuf et une probabilité d’être allergique de plus de 95%. Les concentrations vont de 1.5 kUA/L à 17.5 kUA/L, avec une valeur retenue de 2 kUA/L pour les enfants âgés de moins de deux ans. Les différences observées reflètent des études réalisées dans des pays différents avec une population étudiée différente. Néanmoins, une valeur supérieure ou égale à 7 kUA/L est admise pour définir l’individu comme allergique à l’œuf et le test de provocation par voie orale n’est pas nécessaire. Le test de provocation par voie orale est indispensable pour porter le diagnostic d’allergie à l’œuf pour des concentrations inférieures. Le dosage des IgE jaune d’œuf apporte des informations supplémentaires en étant plus spécifique ; ce qui revient à dire que l’absence de détection d’IgE jaune d’œuf est relevée uniquement chez les non allergiques à l’œuf. Enfin, il n’existe pas de corrélation entre la concentration des IgE spécifiques et la gravité des symptômes cliniques.

Les patch tests

En cas de dermatite atopique, la pratique des patch tests avec l’œuf entier naturel battu pourrait améliorer la détection d’une allergie à l’œuf. Néanmoins, ce test est souvent responsable d’urticaire de contact sans valeur pour le diagnostic.

Tolérance pour l’œuf cuit ou l’œuf cru

Certains enfants allergiques à l’œuf tolère la forme cuite et déclenche des réactions allergiques à l’ingestion d’œuf cru. A l’heure actuelle de nos connaissances, il n’est pas possible d’extrapoler le niveau des IgE spécifiques qui prédit la tolérance pour l’œuf cuit ou cru. On peut aussi énoncer que tolérer la forme cuite de l’œuf ne permet pas de connaître la tolérance vis à vis de l’œuf cru. Mais, favorise-t-on l’acquisition d’une tolérance en autorisant la consommation d’œuf cuit toléré chez l’individu qui réagit avec l’œuf cru ? Des études supplémentaires sont nécessaires.

En pratique, l’enfant allergique à l’œuf devra bénéficier d’un régime strict jusqu’à l’âge de 2-3 ans en évitant l’œuf cru et cuit et, ce quelle que soit sa tolérance pour l’œuf cuit. Puis passé l’âge habituel de guérison, le régime d’éviction est moins restrictif en autorisant l’œuf cuit chez ceux qui le tolèrent. L’objectif étant d’améliorer la qualité de vie.

Evolution

L’allergie à l’œuf de poule guéri dans 40 à 66% des cas, à un âge moyen de 3 – 4 ans. La persistance ou la découverte de l’allergie à l’œuf à un âge tardif est de moins bon pronostic. La gravité des signes cliniques initiaux n’est pas corrélée avec le devenir. Néanmoins, les signes respiratoires sont plus fréquents dans les allergies persistantes. Une corrélation est établie entre les résultats des tests cutanés, des IgE spécifiques et l’évolution. Pour Boyano et al., les enfants qui guérissent ont une taille du prick test inférieure à 6 mm, présentent des symptômes plutôt cutanés à l’ingestion d’œuf et ont des IgE spécifiques inférieures à 1,98 kUA/L. Dans notre étude, en comparaison avec les enfants qui restent allergiques à l’œuf, les enfants qui ont guéri ont une taille des prick test pour l’œuf inférieure à 5 mm (p<0,001), des IgE blanc d’oeuf inférieures à 4,2 kUA/L (p=0,0002), des IgE jaune d’oeuf inférieures à 2,3 kUA/L (p=0,001) et une diminution des valeurs des IgE spécifiques dans le temps.

En pratique : Un bon moyen de suivre l’allergie à l’œuf de poule est de doser tous les ans les IgE spécifiques blanc et jaune d’oeuf. Une diminution nette des valeurs d’IgE spécifiques permet de proposer un test de réintroduction à la recherche d’une guérison.

Un suivi allergologique indispensable

Il est indispensable de suivre tous les enfants allergiques à l’œuf de poule par une ré-évalution allergologique à visée respiratoire tous les deux ans jusqu’à l’âge de 6 ans. En effet, il est démontré qu’un antécédent d’allergie à l’œuf, voire même d’une simple sensibilisation à l’oeuf, était un élément prédictif d’une évolution vers un syndrome asthme, d’autres allergies alimentaires et de sensibilisations respiratoires. C’est la « carrière de l’allergique » : 46% des enfants sensibilisés à l’œuf seront sensibilisés aux acariens à l´âge de 3 ans, et 40% d’entre eux souffriront d´asthme à l´âge de 5 ans.

La vaccination de l’enfant allergique à l’oeuf

La vaccination chez l’enfant allergique, en France, repose sur une circulaire de 1985 qui contre indique la vaccination chez le patient ayant présenté une anaphylaxie à l’ingestion d’œuf. L’analyse de cette circulaire et une revue de la littérature récente montre que l’allergie vraie à l’œuf ne nécessite pas le plus souvent de précautions particulières pour la vaccination. Des protéines d’œuf (ovalbumine) sont présentes dans le vaccin de la grippe (cultivé sur œuf embryonné de poule) avec des quantités qui varient chaque année avec la production de la souche vaccinale. La présence de protéines d’œuf n’est pas détectable dans les vaccins disponibles en France ROR® ou Priorix® ; elle est en très faible quantité dans le vaccin américain. Des quantités non négligeables sont retrouvées dans le vaccin de la fièvre jaune qui pousse sur des embryons de poulet. Ces vaccins contiennent d'autres protéines allergisantes, comme la gélatine ou la néomycine, qui seraient en fait responsable de la majorité des réactions allergiques lors de la vaccination.

En pratique : les enfants allergiques à l’œuf devraient être vaccinés sans précaution contre le ROR® et le Priorix®. En revanche, il conviendrait de vérifier chaque année le contenu en protéines d’œuf du vaccin antigrippe. Une exploration allergologique est indispensable en cas de réaction survenant après la vaccination.

La prévention des allergies

Classiquement, chez les enfants à haut risque (issus de famille atopique), la prévention primaire du développement de l’asthme et des allergies comporte, parmi les autres mesures de prévention, un retard d’introduction des protéines d’œuf après l’âge d’un an. Cette mesure est actuellement remise en cause, un travail récent remarque que l’introduction après 8 mois de l’œuf s’accompagne de plus de manifestations allergiques.

Le régime d’éviction

Le traitement de l’allergie à l’œuf de poule repose sur le régime d’éviction stricte des produits contenant de l’œuf, qu’il s’agisse des aliments mais également des cosmétiques et des médicaments (voir fiche conseils). Les allergies associées doivent aussi être prise en compte dans le régime d’éviction. Une éducation du patient et de son entourage, parfois aidée d’une diététicienne, est essentielle pour l’apprentissage de la lecture des étiquettes et proposer des menus adaptés.

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