Il persiste des incertitudes quant aux mesures pertinentes pour diminuer l’incidence des nouveaux cas de sensibilisation aux allergènes ou de manifestations allergiques. Quand l’allergie aux chats, aux acariens ou aux pollens se manifeste par un asthme et/ou une rhino-conjonctivite, on sait très bien éviter l’apparition des signes de l’allergie et/ou réduire leur sévérité. Mais chez un fœtus, un nouveau-né ou un nourrisson beaucoup de mesures traditionnellement recommandées pour prévenir l’apparition d’une sensibilisation allergique ou le développement de manifestations allergiques sont actuellement remises en cause. Plus les travaux scientifiques rigoureux avancent, plus il faut admettre que les mesures antérieurement conseillées sont parfois inutiles voire nuisibles !
Toute la difficulté est qu’une même mesure peut avoir un effet opposé en fonction du stade de maturité immunologique de l’enfant. Ce qui est efficace pour prévenir l’apparition d’une allergie chez un nourrisson peut être très nuisible chez un enfant ou adulte déjà allergique (1).
Quelle prévention ?Il faut différencier la prévention de la sensibilisation aux allergènes (présence de tests cutanés positifs ou d’IgE sériques spécifiques d’un allergène), de la prévention du développement de manifestations à caractère allergique (eczéma atopique, rhino conjonctivite ou asthme). Antérieurement on imaginait que si on prévenait le développement d’une sensibilisation à un allergène, on éviterait le développement des manifestations allergiques. En fait on n’observe pas de lien constant entre la prévention de la sensibilisation à un allergène et la prévention des manifestations cliniques. Si l’exposition précoce aux acariens entraîne une sensibilisation à cet allergène, les enfants sensibilisés ne présentent pas pour autant un risque supérieur d’asthme (2). Pour certains allergènes le lien entre la prévention de la sensibilisation et la prévention du développement de manifestations à caractère allergique n’est pas constant ; ces observations laissent à penser que la diminution de l’exposition à certains allergènes ne fait que diminuer le risque de sensibilisation, sans pour autant diminuer le risque de maladie allergique. Par contre, chez un enfant déjà allergique, il existe un lien entre l’exposition aux allergènes et le déclenchement et la sévérité des signes. Par exemple, chez un enfant ayant déjà présenté des manifestations cliniques par allergie aux acariens, l’exposition aux acariens déclenche des manifestations de la série allergique, d’autant plus sévères que l’exposition aux acariens est intense.
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Chez qui effectuer une prévention de l’allergie ? De façon intuitive, il paraît logique de concentrer les efforts chez les enfants qui ont des antécédents familiaux allergiques « chargés ». En effet on sait que si les 2 parents présentent un asthme, un eczéma atopique ou une rhino-conjonctivite allergique le risque pour leur descendance de développer des manifestations allergiques est de 50 à 80 %, si un seul des parents ou la fratrie présente les mêmes signes le risque est de 20 à 40 %, et si aucun des parents ou membre de la fratrie est concerné par l’allergie le risque est quand même de 15 %. Au niveau individuel, la réalité de la transmission génétique des maladies à composante allergique est évidente. Si les deux parents présentent des manifestations allergiques, l’enfant à un risque 4 fois plus grand de développer des manifestations allergiques qu’un enfant dont les parents sont indemnes d’allergie. Le risque est deux fois plus élevé si un seul des parents est allergique (1). Ainsi au niveau individuel, il est important de concentrer les efforts de prévention chez les enfants « à risques » d’atopie, et les recommandations actuelles conseillent de diriger les efforts sur cette population (3). | |
Régime pendant la grossesseL’absence d’intérêt d’un régime pendant la grossesse est maintenant bien établi. Les conseils « terroristes » et culpabilisant qui ont pu être donnés par le passé reposaient sur des « impressions » dont l’intérêt n’a pas pu être démontré. Si l’enfant est allergique ce n’est pas parce que la mère n’a pas suivi le régime conseillé par la belle mère … ou le médecin bien intentionné. Néanmoins l’Académie américaine de pédiatrie remarque que quelques études épidémiologiques, mais pas toutes, retiennent comme facteur de risque d’allergie à l’arachide la consommation de cacahuète pendant la grossesse. Dans le bénéfice du doute, cette Académie suggère d’exclure la cacahuète pendant la grossesse, dans la mesure où cet aliment n’est pas essentiel (3). Une revue récente de la littérature confirme l’absence d’intérêt des régimes pendant la grossesse, ce d’autant qu’ils ne sont pas scientifiquement justifiés et qu’ils limitent sérieusement ce que la mère peut manger (6) | |
L’allaitement Le bénéfice de l’allaitement, dans la prévention du développement d’un eczéma atopique a été récemment confirmé (7), l’allaitement retarde l’apparition de l’eczéma atopique, limite son extension et sa sévérité. Le bénéfice de l’allaitement sur les signes respiratoires est moins tranché. Il existe un effet variable en fonction du statut de la mère, asthmatique ou non, de la durée de l’allaitement, et de la durée de surveillance (4). Si les enfants ne sont suivis que les 3 premières années de vie, que leur mère soit ou non asthmatique, plus l’allaitement est prolongé moins les enfants présentent d’épisodes de sifflements répétés. Par contre l’effet protecteur de l’allaitement maternel par une mère asthmatique disparaît quand les enfants grandissent. Enfin, effet paradoxal, si une mère asthmatique allaite plus de 4 mois, à 6-13 ans l’enfant a plus de « malchance » d’être asthmatique (4). On retient que les conseils pour l’allaitement doivent être modulés en fonction de la pathologie qu’on cherche à prévenir (eczéma atopique ou asthme), du statut de la mère (asthmatique ou non), de la durée de l’allaitement et de l’effet recherché (à court ou long terme) (4). | |
Quel « lait » choisir Dans l’alimentation du nourrisson le terme « lait » est souvent utilisé par excès, certains produits n’étant même pas d’origine animale. Les laits habituels ont le plus souvent une origine bovine, leur composition a été adaptée afin de se rapprocher du lait de mère et d’optimiser la croissance du nourrisson, ils apparaissent dans la littérature sous le terme de formule à base de lait de vache. Certains laits peuvent être adaptés aux nourrissons régurgiteurs, à ceux qui viennent d’avoir une diarrhée ou encore aux nourrisson qui ont des « coliques », mais la phase protéique est identique aux formules à base de lait de vache. Les laits dits « hypoallergéniques » sont proches des précédents, la phase protéique d’origine bovine a subit une hydrolyse partielle, ces « laits » seraient censés prévenir le développement d’une allergie, ils apparaissent dans la littérature sous le terme de formule à hydrolyse partielle. Enfin les vrais « laits » de régime sont conçus pour les nourrissons qui présentent une authentique allergie aux protéines du lait de vache, ce sont aussi les « laits » les plus efficaces dans la prévention primaire des manifestations allergiques, ils apparaissent dans la littérature sous le terme de formule à hydrolyse extensive. Parmi les vrais « laits » de régimes, il existe des produits différents : certains sont à base d’hydrolysât de protéines du lactosérum ou à base de caséine hydrolysée ou enfin ils ne contiennent aucun produit lacté mais uniquement du soja hydrolysé et du collagène de porc. Dans des situations exceptionnelles, il existe des « laits » fait uniquement d’acides aminés, mais ces produits sont coûteux et sont à réserver à des situations exceptionnelles. Tous ces produits ne sont pas interchangeables, un lait de régime à base d’hydrolysât de protéines du lactosérum est bien différent d’un autre à base de caséine hydrolysée. Enfin il existe aussi des produits pour alimentation du nourrisson à base de protéines de soja, les classiques « lait de soja », qu’on doit maintenant appeler « jus de soja » (communiqué de l'AFSSA, juillet 2005). | |
Les probiotiquesL’introduction de certains probiotiques pendant la grossesse et dans les premiers mois de vie diminue la prévalence de l’eczéma à l’âge de 2 ans, mais sans pour autant diminuer les sensibilisations (11). Chez les enfants pésentant un eczéma, les probiotiques diminuent son intensité surtout en cas de prick et/ou IgE spécifiques positives, ils améliorent aussi les signes digestifs des enfants ayant un eczéma atopique (12, 13). Tous les probiotiques n’ont pas un effet identique, il est impossible d’extrapoler les résultats d’une étude avec une famille de probiotiques à un autre famille de probiotiques. Des études parues en 2007 ne retrouvent pas l’effet préventif des probiotiques. Tous les experts s’accordent pour indiquer que des études complémentaires sont nécessaires avant de conseiller leur introduction. | |
La diversification alimentaire Depuis les travaux déjà anciens de Ferguson et Kajosaari, la diversification alimentaire est retardée (14, 15). Il est actuellement conseillé de poursuivre l’allaitement maternel exclusif ou donner uniquement un lait jusqu’à l’âge de 4 à 6 mois. Plutôt 4 mois chez les enfants qui n’ont pas de risque d’allergie et 6 mois chez ceux qui ont des parents ou une fratrie qui présent déjà un asthme, un eczéma ou un rhume allergique (Programme National Nutrition Santé 2004, www.mangerbouger.fr). L’introduction des aliments, autres que le lait, est très variable d’un pays à l’autre et pour les différents aliments. Par exemple, au Danemark le régime est peu restrictif, aux Etats Unis l’œuf est introduit à 2 ans et le poisson à 3 ans (3). En fait, toutes ces recommandations n’ont pas de fondement scientifique rigoureux (16). Une publication récente oblige à une réflexion (17) : les enfants chez qui l’œuf est introduit après 8 mois présentent plus d’eczéma et d’épisodes de sifflements que ceux qui ont reçu des œufs avant cet âge. Dans une autre étude épidémiologique, Van Bever et al. observent une faible prévalence de l’allergie aux poissons chez les enfants de Singapour, par rapport aux Européens ou Américains, bien qu’à l’âge de 6 mois plus de 50% des enfants de Singapour aient déjà consommé du poisson (in 16). Ces publications permettent de relancer le débat de la diversification. | |
Les animaux, les acariens de la poussière de maison L’éviction des pneumallergènes illustre qu’une même mesure peut avoir un effet opposé en fonction du stade de maturité immunologique de l’enfant. Ainsi, vivre avec des chiens est efficace pour prévenir l’apparition d’une allergie chez un nourrisson (prévention primaire), mais cette même mesure est nuisible chez un enfant ou adolescent déjà allergique aux chiens (prévention secondaire- tertiaire) (19). | |
La crèche En 1989 Strachan introduit l’hypothèse hygiéniste, basée sur l’observation qu’avec la diminution de taille des familles et l’amélioration des conditions de vie les manifestations allergiques augmentent. La « pression » microbienne diminuant il existerait une modification de la réponse Th2 faisant intervenir les cellules T régulatrices, ceci favorisant la réponse allergique. Plusieurs études épidémiologiques ont conforté cette hypothèse en montrant qu’une fréquentation précoce de la crèche, de nombreux frères et sœurs à la maison protégeaient les nourrissons du développement de maladie allergiques (in 22). Néanmoins le placement précoce en crèche diminue le risque d’eczéma, de sifflements et d’asthme uniquement pour les nourrissons sans antécédents maternel d’asthme, alors qu’il est délétère dans le cas contraire (23). Des études ont par la suite montré que certaines infections virales, mais pas toutes, avaient un effet protecteur sur le développement ultérieur d’un asthme (24). | |
Le tabagisme passif Le tabagisme de la mère pendant la grossesse est associé à une augmentation des sensibilisations allergéniques, il augmente les sifflements précoces et les risques d’infections des voies aériennes (in 20). | |
L’immunothérapie et induction de toléranceL’immunothérapie, ou désensibilisation, est le seul traitement qui permet de modifier le cours naturel de la maladie. Chez des enfants mono-sensibilisés elle permet de limiter le développement de nouvelles sensibilisations, chez des patients présentant une rhinite allergique elle limite l’apparition de l’asthme (in 19), en cas de rhinite ou d’asthme une guérison est possible. Dans le domaine de l’allergie alimentaire ce traitement n’en est qu’à ses balbutiements. Dans une étude contrôlée, en double aveugle, avec groupe contrôle, une désensibilisation par voie sub-linguale à la noisette a permis d’augmenter de façon significative la dose réactogène, les patients ne réagissant plus pour des doses faibles de l’aliment (25). A côté de la désensibilisation, les inductions de tolérance aux aliments sont une autre alternative. Les protocoles concernent souvent des enfants qui présentent une allergie alimentaire persistante à l’âge habituel de guérison. Certains réservent l’induction de tolérance aux patients qui présentent toujours des réactions pour des doses minimes d’aliments, d’autres quand la dose déclenchant les manifestations est élevée. Les protocoles sont variés, avec pour les plus rapides des ingestions répétées dans la journée de doses croissantes d’aliment initialement dilué, la dose habituellement consommée étant obtenue en quelques jours. D’autres protocoles plus lents débutent par un aliment dilué ou non, et aboutissent à une dose complète en quelques mois (26). Dans une étude récente concernant 21 enfants âgés de plus de 6 ans toujours allergiques au lait, en 6 mois 71% tolère 200 ml, 14% 40-80 ml et 14% n’ont pas pu être désensibilisés car ils ont réagi à des doses infimes de lait dilué (27). Une fois la tolérance pour l’aliment acquise, l’ingestion régulière de l’aliment est nécessaire pour maintenir cette tolérance. | |
Les traitements La principale étude concernant la prévention secondaire de l’allergie est l’étude ETAC. Elle s’est intéressée à l’effet préventif de la cetirizine sur le développement d’un asthme chez des nourrissons âgés de 12-24 mois présentant un eczéma. La cetirizine donnée pendant 18 mois prévient le développement d’un asthme uniquement chez les nourrissons sensibilisés aux acariens et pollens de graminées (27). | |
ConclusionDans la prévention primaire de l’allergie les pessimistes indiquent que « d’autres études sont nécessaires avant que nous puissions donner des conseils à nos patients » (22). Malgré toutes les limites des études disponibles, il est raisonnable de conseiller des mesures simples, les moins contraignantes possibles. Par contre il n’existe pas d’incertitude dans la prévention secondaire et tertiaire des manifestations allergiques, l’éviction des allergènes, les traitements médicamenteux sont efficaces. Au total peu de mesures ont montré leur efficacité. Il est raisonnable de conseiller uniquement celles qui sont simples, les moins contraignantes possibles, et uniquement celles qui ont fait la preuve de leur efficacité :
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